Taedium Vitae

Taedium Vitae

jeudi 21 mai 2015

Pensée d'un biologiste



«Le naturaliste Weismann se demandait ce que serait devenu Mozart s'il était né aux îles Samoa. Dans notre société soi-disant civilisée, combien de Mozarts naissent chaque jours en des îles sauvages!»

Jean Rostand dans Pensées d'un biologiste

vendredi 15 mai 2015

Omar Khayyâm



«Au delà de la Terre, au delà de l’Infini, je cherchais à voir le Ciel et l’Enfer. Une voix solennelle m’a dit: ''Le Ciel et l’Enfer sont en toi.'' »

Omar Khayyâm dans Robaiyat

mercredi 13 mai 2015

Si Nietzsche philosophe à coup de marteau, Guénon pense avec un revolver



«(...)mais dans le monde moderne, où peut-on trouver encore la notion de hiérarchie? Rien ni personne n'est plus à la place où il devrait être normalement; les hommes ne reconnaissent plus aucune autorité effective dans l'ordre spirituel, aucun pouvoir légitime dans l'ordre temporel; les ''profanes'' se permettent de discuter des choses sacrés, d'en contester le caractère et jusqu'à l'existence même; c'est l'inférieur qui juge le supérieur, l'ignorance qui impose des bornes à la sagesse, l'erreur qui prend le pas sur la vérité, l'humain qui se substitue au divin, la terre qui l'emporte sur le ciel, l'individu qui se fait la mesure de toutes choses et prétend dicter à l'univers des lois tirées tout entières de sa propre raison relative et faillible. ''Malheur à vous, guides aveugles'', est-il dit dans l'Évangile; aujourd'hui, on ne voit en effet partout que des aveugles qui conduisent d'autre aveugles, et qui, s'ils ne sont arrêtés à temps, les mèneront fatalement à l'abîme où ils périront avec eux.»


René Guénon dans La crise du monde moderne

dimanche 10 mai 2015

Mythe et science

Une chose intolérable pour les philistins modernes : que la science provienne du mythe.
 
 
 
«Mais c'est sans doute la structure du mythe judéo-chrétien qui a rendu possible la science moderne. Car la science occidentale est fondée sur la doctrine monastique d'un univers ordonné, créé par un Dieu qui reste hors de la nature et la gouverne par des lois accessible à la raison humaine. C'est probablement une exigence de l'esprit humain d'avoir une représentation du monde qui soit unifiée et cohérente. Et il faut bien reconnaître qu'en matière d'unité et de cohérence, l'explication mythique l'emporte de loin sur la scientifique.
(...)
Dans leur effort pour remplir leur fonction et trouver un ordre dans le chaos du monde, mythes et théories scientifiques opèrent selon le même principe. Il s’agit toujours d’expliquer le monde visible par des forces invisibles, d’articuler ce qu’on observe sur ce qu’on imagine. On peut considérer la foudre comme l’expression de la colère de Zeus ou comme un phénomène électrostatique. On peut voir dans une maladie l’effet d’un mauvais sort ou d’une infection microbienne. Mais, de toute façon, expliquer un phénomène c’est le considérer comme l’effet visible d’une cause cachée, liée à l’ensemble des forces invisibles qui sont censées régir le monde.
Mythique ou scientifique, la représentation du monde que construit l’homme fait toujours une large part à son imagination. Car contrairement à ce qu’on croit souvent, la démarche scientifique ne consiste pas simplement à observer, à accumuler des données expérimentales pour en déduire une théorie. On peut parfaitement examiner un objet pendant des années sans jamais en tirer la moindre observation d’intérêt scientifique. Pour apporter une observation de quelque valeur, il faut déjà, au départ, avoir une certaine idée de ce qu’il y a à observer. Il faut déjà avoir décidé ce qui est possible. Si la science évolue, c’est souvent parce qu’un aspect encore inconnu des choses se dévoile soudain; pas toujours comme conséquence de l’apparition d’un appareillage nouveau, mais grâce à une manière nouvelle d’examiner les objets, de les considérer sous un angle neuf. Ce regard est nécessairement guidé par une certaine idée de ce que peut bien être la «réalité». Il implique toujours une certaine conception de l’inconnu, de cette zone située juste au-delà de ce que la logique et l’expérience autorisent à croire. Selon les termes de Peter Medawar, l’enquête scientifique commence toujours par l’invention d’un monde possible, ou d’un fragment de monde possible.
Ainsi commence aussi la pensée mythique. Mais cette dernière s’arrête là. Après avoir construit ce qu’elle considère non seulement comme le meilleur des mondes mais comme le seul possible, elle insère sans peine la réalité dans le cadre qu’elle a créé. Chaque fait, chaque événement est interprété comme un signe qui est émis par les forces régissant le monde et qui, par là même, prouve leur existence et leur importance. Pour la pensée scientifique, au contraire, l’imagination n’est qu’un élément du jeu . À chaque étape, il lui faut s’exposer à la critique et à l’expérience pour limiter la part du rêve dans l’image du monde qu’elle élabore. Pour la science, il y a beaucoup de mondes possibles, mais le seul intéressant est celui qui existe et qui, depuis longtemps déjà, a fait ses preuves. La démarche scientifique confronte sans relâche ce qui pourrait être et ce qui est. C’est le moyen de construire une représentation du monde toujours plus proche de ce que nous appelons «la réalité».
L’une des principales fonctions des mythes a toujours été d’aider les êtres humains à supporter l’angoisse et l’absurdité de leur condition. Ils tentent de donner un sens à la vision déconcertante que l’homme tire de l’expérience, de lui rendre confiance en la vie malgré les vicissitudes, la souffrance et la misère. C’est donc une vue du monde étroitement liée à la vie quotidienne et aux émotions humaines que proposent les mythes. En outre, dans une culture donnée, un mythe qui est répété sous la même forme, avec les mêmes mots, de génération en génération, n’est pas simplement une histoire dont on peut tirer des conclusions sur le monde. Un mythe a un contenu moral, il porte sa signification propre. Il sécrète ses valeurs. Dans un mythe, les êtres humains trouvent leur loi, au sens le plus élevé du mot, sans même avoir à l’y chercher. Même en l’y cherchant, ils ne peuvent trouver de loi ni dans la conservation de la masse et de l’énergie, ni dans la soupe primordiale de l’évolution. En fait, la démarche scientifique représente un effort pour libérer de toute émotion la recherche et la connaissance. Le scientifique tente de se soustraire lui-même du monde qu’il essaie de comprendre. Il cherche à se mettre en retrait, à se placer dans la position d’un spectateur qui ne ferait pas partie du monde à étudier. Par ce stratagème, le scientifique espère analyser ce qu’il considère être «le monde réel autour de lui». Ce prétendu «monde objectif» devient ainsi dépourvu d’esprit et d’âme, de joie et de tristesse, de désir et d’espoir. Bref, ce monde scientifique ou «objectif» devient complètement dissocié du monde familier de notre expérience quotidienne
 
 
François Jacob dans Le jeu des possibles
 

jeudi 7 mai 2015

Réalité, pensée, langage


«Les pensées les plus importantes et les plus significatives, les révélations, naissent toutes nues, sans nul vêtement verbal; et il est très difficile de trouver les mots qui leur conviennent. C'est tout un art. Au contraire les sottises, les platitudes naissent toutes habillées d'oripeaux voyant, bien que vieux, et l'on peut donc, sans nul travail préparatoire, les présenter aussitôt au public.»

Chestov dans Sur les confins de la vie

dimanche 3 mai 2015

Mark Twain



«Nous accordons à Dieu la possession de toutes les qualités de l'esprit, à l'exception de celle qui maintient toutes les autres en bonne santé, qui surveille leur dignité, aiguise leur vision : l'humour

«L'homme a été créé à la fin d'une semaine de travail, quand Dieu était fatigué

«Il est plus difficile d'écrire une maxime que de bien agir

«On tue facilement une vérité (...) Un mensonge plausible est immortel


Mark Twain dans Aphorismes