Taedium Vitae

Taedium Vitae

jeudi 17 décembre 2015

Vacuité 2.0



J'avais délaissé ce blogue, car je n'y trouvais pas vraiment sa raison d'être. Qui le lit? Qui se soucie de son auteur qui ne fait que retranscrire des pensées provenant du fruit des autres? Elles me représentent certes, mais personne ne sait qui je suis. D'autant plus que les citations sont toutes quelque part dans les livres ou sur la toile. Il suffit d'aller voir. Devrais-je en faire un blogue où je me livre moi, mes pensées et mon quotidien? Je n'ai pas tout à fait le sentiment d'être tout et l'évidence de n'être rien comme disait Valery. Du moins pas assez pour que je m'emploie à affirmer que je ne suis rien. Ce serait déjà trop se prendre pour tout. Je suis Québécois et les quelques lecteurs qui viennent ici sont français ou européens. Mis à part cela c'est le nouveau vide qui y règne, le vide 2.0, celui d'internet.
Un blogue qui n'est presque pas consulté où les plus grands esprits de l'Histoire y sont cités, n'est-ce pas triste?

mercredi 21 octobre 2015

Un mystère insondable

 
 
« Lorsque l'homme contemple la souffrance des autres, il cesse de réfléchir, il veut agir. L'homme ne se met à penser, à penser effectivement que lorsqu'il se convainc qu'il ''ne peut rien faire'', qu'il a les mains liées. C'est pour cela probablement que toute pensée profonde doit commencer par le désespoir. Et au contraire, l'optimisme, le besoin hâtif de sauter d'une conclusion à une autre, doivent être considérés, sans aucune hésitation, comme le signe certain d'un esprit satisfait de lui-même, médiocre, ne doutant de rien, c'est-à-dire superficiel (...)
Et puis : qui nous forcera à vivre comme il le faut, quand notre propre être a toujours été pour nous et sera toujours, parait-il, un mystère insondable?»
 
Chestov dans Sur les confins de la vie
 

mercredi 7 octobre 2015

Bukowski

 
 
«La différence entre l'art et la vie, c'est que l'art est plus supportable
 
Charles Bukowski dans Journal d'un vieux dégueulasse
 

mardi 29 septembre 2015

À la remorque de Hume

 
 
«La plus parfaite philosophie naturelle recule seulement un peu plus loin notre ignorance, et, peut-être, la plus parfaite philosophie morale ou métaphysique sert seulement à découvrir que notre ignorance s'étend à des domaines plus vaste. Ainsi toute la philosophie conduit à remarquer l'aveuglement et la faiblesse de l'homme, et cette remarque, nous la retrouverons à chaque détour en dépit de nos tentatives pour l'éluder ou l'éviter.»
 
David Hume dans Enquête sur l'entendement humain
 

jeudi 24 septembre 2015

Le charme de Schiffter



«L'honnêteté du penseur ne consiste pas à édifier les hommes mais à les démoraliser tant leur vice le plus funeste est de croire en eux-mêmes.»

Frédéric Schiffter dans Le charme des penseurs tristes
 

lundi 21 septembre 2015

La complexité du réel



«Nous pouvons poser un principe d'exclusion : on ne peut ''voir'' les choses d'une certaines façon qu'en ne les voyant pas d'une autre façon (...) chaque fois que l'on rassemble tout ce qui peut, d'un certain point de vue, être rassemblé, à l'exclusion de ce qui, de ce même point de vue, ne peut l'être, on a ce que nous appelons - ce que j'appelle un ''monde''. (...) Or le principe d'exclusion tient à la structure du réel considéré dans la façon dont il est composé. L'idée d'un regard qui regarderait de tous les côtés à la fois (regard de Dieu) est donc absurde. C'est pourquoi la richesse, la profusion du réel est par principe non unifiable, un ''Dieu'' est toujours quelque chose de trop simple pour la complexité du réel.»

Marcel Conche dans Orientation philosophique

mardi 15 septembre 2015

Chaînes



«Les chaînes qui nous retiennent le mieux sont celles que nous avons brisées.»

Antonio Porchia dans Voix

mercredi 2 septembre 2015

Un héritier nihiliste

Tony Soprano m'est aussi proche que Sénèque, Leopardi, Schopenhauer ou Cioran.



Cette scène magnifique :




lundi 31 août 2015

Regards féminins

 
 
«Il est des regards féminins qui ont quelque chose de la perfection triste d'un sonnet.»

Cioran dans Le crépuscule des pensées

samedi 29 août 2015

Évitons la fausse modestie

«Rien n'est plus faux que de parler de ''l'humilité'' des grands hommes. Il n'existe pas de grand homme qui n'ait pas la conscience la plus vive de ce qui le différencie des autres (sauf, bien sûr, dans les périodes de dépression), aucun qui ne se tienne lui-même pour important aussitôt qu'il a ''créé'' quelque chose et aucun même qui aurait assez peu de vanité ou de désir de gloire pour ne pas se ''surestimer''. Schopenhauer se considérait comme beaucoup plus grand que Kant.
Le grand homme cependant n'est jamais prétentieux. Prétention et conscience de soi et de sa valeur sont bien les deux choses les plus opposées qui puissent être.»

Otto Weininger dans Sexe et caractère

samedi 22 août 2015

L'être, cet inconnu

 

Dans un grand engouement, dans un simulacre de ferveur où l'horizon semble se dégager, il est toujours bon se rappeler ce mot de Montaigne, ne serait-ce que pour éviter la honte qui suit ipso facto :

«Étant hors de l'être, nous n'avons aucune communication avec ce qui est.»

Montaigne dans Essais, Livre I


mercredi 12 août 2015

Ré-flexion gênante




«Notre époque est celle où pour la première fois dans les temps historiques, c'est-à-dire depuis environ dix mille ans, l'homme est devenu complètement un véritable ''problème'' pour lui-même; où il ne sait plus ce qu'il est, mais en même temps sait qu'il ne le sait pas.»


Max Scheler dans L'homme et l'histoire

lundi 3 août 2015

À la périphérie de la femme

Il y a quelque chose d'exaltant, d'impérieusement authentique au travers d'un lieu où règne la facticité. Être au centre d'une nuit éternelle, sous les formes fluides d'une effeuilleuse, rivé aux deux pôles du fleuve séparant le rêve et la mort, dans un stripclub de Montréal. Dans le faux, c'est toujours le vrai qui résiste. Comme le récital d'une femme dans l'isoloir face à l'inconsistance de l'univers.



«Pour en donner une définition rigoureuse, il suffit de dire que les prostituées à court terme sont habituellement méprisées, les prostituées à long terme respectées.»

Tolstoï dans La sonate à Kreutzer

vendredi 24 juillet 2015

Vous avez dit perspective?



«Le tempo de l'histoire de la vie s'est considérablement accéléré vers la fin. L'évolution procède come le Boléro de Maurice Ravel. Elle commence doucement et lentement avec les organismes unicellulaires, suivant une longue série de variations quasi imperceptibles sur un même thème qui ne cesse de nous hanter. Le tempo s'accélère au fur et à mesure que le temps passe, et l'explosion des formes du vivant à la période du cambrien est semblable à la variété des instruments qui font progressivement leur entré dans le morceau de Ravel. Mais l'unité de la vie est toujours présente, comme le thème sous-jacent du Boléro qui se fait constamment entendre. Jusqu'au crescendo et à l'apothéose, où tout les instruments jouent de concert dans un maelström de notes, comme le miracle de l'émergence de la pensée et de la conscience.
Cette accélération exponentielle  de l'histoire, nous pouvons mieux l'appréhender en imaginant un calendrier cosmique où les 14 milliards d'années de l'univers seraient comprimées en une seule année. Dans ce calendrier, chaque jour correspondrait à 38,4 millions de nos années (une année est le temps mis par la terre pour effectuer un périple complet autour du Soleil), chaque heure à 1,6 million de nos années, chaque minute à 26 667 de nos années, et chaque seconde à 444 de nos années. Le Big Bang aurait lieu le 1er janvier et l'époque actuelle correspondrait au 31 décembre, minuit. La grande fresque cosmique se déroulerait ainsi :
La voie lacté naitrait le 21 février, mais le système solaire avec son cortège de planètes ferait seulement son apparition le 3 septembre, donc après que les trois quarts de l'année se seraient écoulés. Les premières cellules de vie sur Terre entreraient en scène le 23 septembre, les micro-organismes inventeraient le sexe le 26 octobre, les organismes pluricellulaires verraient le jour le 14 novembre, et l'atmosphère de la Terre s'enrichirait en oxygène le 28 novembre.
Le développement du vivant surviendrait surtout dans la seconde moitié du dernier mois de l'année : l'explosion cambrienne, avec la grande prolifération des espèces, se produirait le 16 décembre, les trilobites prospéreraient le 17 décembre, les premiers poissons et vertébrés naîtraient le 18 décembre. Les armées vertes des plantes envahiraient les terres le 20 décembre. Le 21 décembre, les premiers insectes feraient leur apparition et coloniseraient à leur tour les terres. Ils seraient rejoints par les amphibiens le 22 décembre et par les reptiles le 23 décembre. Les dinosaures amorceraient leur domination sur Terre le 24 décembre, à la veille de Noël. Les premiers mammifères pointeraient le bout de leur museau le 26 décembre, et le chant des premiers oiseaux égaierait la Terre le 27 décembre. La Terre deviendrait une planète fleurie, mais un astéroïde assassin viendrait frapper le 28 décembre, provoquant une catastrophe globale et la sortie de scène des dinosaures. Nos cousins les plus proches, les primates, feraient leur entrée le 29 décembre. Le développement du cerveau et le passage du singe à l'humain se produiraient pendant les deux derniers jours de l'année, les 30 et 31 décembre.
Quant à l'espèce humaine, tout son développement se déroulerait au soir du 31 décembre. les premiers humains se mettraient à marcher à 21 h 49 mn. Avec son sens développé du symbolisme et de l'abstraction, l'Homo sapiens commencerait à créer et à innover. Les inventions se multiplieraient et se télescoperaient pour améliorer le bien-être matériel des humains, mais aussi pour transmettre le savoir et la connaissance, magnifier et illuminer l'esprit. Maintes choses se lasseraient dans la dernière minute de l'année. L'homme fabriquerait des outils en pierre à 23 h 59 mn 26 s et inventerait l'agriculture à 23 h 59 mn 37 s. L'astronomie verrait le jour à 23 h 59 mn 50 s, suivie de près par l'alphabet à 23 h 59 53 s et par la métallurgie du fer à 23 h 59 58 s. De grands hommes feraient leur apparition pour guider leurs semblables dans la vie spirituelle : Bouddha à 23 h 59 mn 55 s, le Christ à 23 h 59 56 s et Mahomet à 23 h 59 mn 57 s. La renaissance et l'avènement de la science expérimentale surviendraient dans la dernière seconde de l'année, à 23 h 59 59 s.»


Trinh Xuan Thuan dans Origines : La nostalgie des commencements

mardi 14 juillet 2015

Jean Rostand



Ainsi ai-je terminé ce livre d'aphorismes de Jean Rostand, Pensées d'un biologiste, commencé déjà depuis un bon moment et dont je ne savourerais la sève qu'à petites doses, comme livre de chevet avant de me coucher. Quelques extraits de cet homme de science qui avait tout aussi bien les qualités d'un grand moraliste comme Pascal ou Chamfort :


« L'homme peut se flatter d'être ce qui se fait de mieux dans l'atelier de l'inconnu.

C'est l'inerte qui l'emporte dans l'univers, et non le vivant. Mourir, c'est passer du côté du plus fort.

Comment réussir à prendre tout à fait au sérieux tout cela dont le sérieux ne dépend que de nous?

L'homme étouffe dans l'homme.

La seule chose dont je sois vraiment sûr, c'est que nous sommes de la même étoffe que les autres bêtes ; et si nous avons une âme immortelle, il faut qu'il y en ait une aussi dan les infusoires qui habitent le rectum des grenouilles.

Rien, c'est trop peu ; Dieu, ce serait trop.

L'homme est entrainé par son esprit à des souffrances qui sont bien au-dessus de sa condition.

Je ne crois pas au mystère, ce serait trop simple.

La vérité morte dès sa naissance, - comme tout ce qui vit.

On s'admire quelquefois par surprise dans un autre.

L'homme a devant l'univers toutes les exigences du fils unique.

La seule chose qu'on ne peut embellir sans qu'elle en périsse, c'est la vérité.

J'aurais le goût d'un style où l'on ne sentît ni la décision d'écrire ni le parti pris de ne pas écrire ; et ce que j'aime dans les réflexions détachées, c'est qu'elles peuvent ne relever d'aucun style.

J'aime trouver dans un livre de notes l'unité d'un esprit et le désordre d'un cerveau.

Dès que les pensées sont ordonnées, elles prennent l'air d'être moins sincères.

J'eusse aimé être de ceux qui, avec de toutes petites phrase, dégoûtent des longs développements.

Si nous donnons tant de prix à certaines évidences, c'est pour les avoir durement conquises.

Un grand écrivain est un homme qui sait nous surprendre en nous disant ce que nous savions depuis toujours.

Savoir la précarité de toute gloire humaine n'éteint pas chez l'ambitieux la soif de primer : il veut sa place parmi ceux qui font éclater le crime du néant.

La souffrance est certainement ce qui va le plus loin, mais vers où?

Sans mes souffrances, je ne me reconnaîtrais pas.

Sachons gré au tracas de la vie, ils nous divertissent de son horreur.

Il n'y a pas de bonheur intelligent.

Le plus affreux des coupables n'est pas moins innocent que l'univers.

La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords.

Je ne m'intéresse, socialement, qu'à la valeur de quelques-uns et à la souffrance de tous.

Pour rester fidèle à soi-même, il faudrait renier son parti trois fois par jours.

L'éternel refrain de l'humanité : encore un petit massacre, et tout ira pour le mieux...

L'imagination a ses limites, c'est la réalité qui est inépuisable : on n'en a jamais fini avec un souvenir.

La vie, peu à peu, nous déloge de partout. »

dimanche 28 juin 2015

Fado lyrique



«Il n'y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n'existe pas

Fernando Pessoa dans En bref

mardi 23 juin 2015

Aphorisme d'été



«Nous mettons toute une vie à comprendre ce qu'un étranger perçoit du premier coup d'œil: que nous sommes aussi insignifiant que les autres.»


Nicolás Gómez Dávila dans Les horreurs de la démocratie

dimanche 14 juin 2015

De la misanthropie adolescente comme la manifestation de son contraire



«Dilemme  de l'individu : il voudrait n'être qu'au fondement de lui-même mais quête  avec angoisse l'approbation de ses proches. Il voudrait pouvoir dire comme l'ex-yippie Jerry Rubin : ''Je dois m'aimer assez pour n'avoir pas besoin des autres pour être heureux.'' Formule improbable et qui rappelle cette autre de l'économiste français Léon Walras : ''Être libre, c'est se sentir quitte de tous les autres.'' Le solipsisme ne fonctionne pas ou avec de multiples ratés. L'affirmation qu'on n'a besoin de personne va de pair avec le constat désolé que personne n'a besoin de nous, l'orgueil de l'autosuffisance avec l'angoisse d'être seul, l'aspiration à se distinguer avec l'imitation frénétique des autres. Tel est le tournent du misanthrope : pratiquer la séduction  par l'invective, mendier les suffrages des hommes tout en les méprisant, cacher son envie démesurée de compagnie sous les apparences de l'éloignement. Il se doit d'être dans le monde pour le vomir et si le monde lui tourne le dos, il lit dans cette froideur la justesse de son diagnostic et vaticine sur la méchanceté de la foule.»


Pascal Bruckner dans Le paradoxe amoureux

lundi 8 juin 2015

De l'abîme



«Toute métaphysique , je pense, doit être compatible avec l'ensemble  de ces quatre points présentés dans la formulation qu'en donne Novalis dans ses fragments :

1. Anéantir le principe de contradiction est peut-être la plus haute tâche de la logique supérieure.

2. Plus c'est poétique, plus c'est vrai.

3. Se réveiller, être réveillé, avoir conscience doublement ou triplement, voilà tout ce que c'est que philosopher.

4. Partout l'acte suprême est de se dépasser soi-même - c'est le point primordial - c'est la genèse de la vie. Ainsi la flamme n'est-elle rien d'autre que cet acte.»


Alexis Klimov dans De l'abîme

lundi 1 juin 2015

Définir, c'est limiter.



« - Et l'Art? demanda-t-elle.
- C'est une maladie.
- L'amour?
- Une illusion
- La religion?
- Le succédané élégant de la conviction.
- Vous êtes un sceptique.
- Jamais de la vie ! Le scepticisme est le début de la foi.
- Qu'êtes-vous donc?
- Définir, c'est limiter. »


Oscar Wilde dans Le portrait de Dorian Gray

jeudi 21 mai 2015

Pensée d'un biologiste



«Le naturaliste Weismann se demandait ce que serait devenu Mozart s'il était né aux îles Samoa. Dans notre société soi-disant civilisée, combien de Mozarts naissent chaque jours en des îles sauvages!»

Jean Rostand dans Pensées d'un biologiste

vendredi 15 mai 2015

Omar Khayyâm



«Au delà de la Terre, au delà de l’Infini, je cherchais à voir le Ciel et l’Enfer. Une voix solennelle m’a dit: ''Le Ciel et l’Enfer sont en toi.'' »

Omar Khayyâm dans Robaiyat

mercredi 13 mai 2015

Si Nietzsche philosophe à coup de marteau, Guénon pense avec un revolver



«(...)mais dans le monde moderne, où peut-on trouver encore la notion de hiérarchie? Rien ni personne n'est plus à la place où il devrait être normalement; les hommes ne reconnaissent plus aucune autorité effective dans l'ordre spirituel, aucun pouvoir légitime dans l'ordre temporel; les ''profanes'' se permettent de discuter des choses sacrés, d'en contester le caractère et jusqu'à l'existence même; c'est l'inférieur qui juge le supérieur, l'ignorance qui impose des bornes à la sagesse, l'erreur qui prend le pas sur la vérité, l'humain qui se substitue au divin, la terre qui l'emporte sur le ciel, l'individu qui se fait la mesure de toutes choses et prétend dicter à l'univers des lois tirées tout entières de sa propre raison relative et faillible. ''Malheur à vous, guides aveugles'', est-il dit dans l'Évangile; aujourd'hui, on ne voit en effet partout que des aveugles qui conduisent d'autre aveugles, et qui, s'ils ne sont arrêtés à temps, les mèneront fatalement à l'abîme où ils périront avec eux.»


René Guénon dans La crise du monde moderne

dimanche 10 mai 2015

Mythe et science

Une chose intolérable pour les philistins modernes : que la science provienne du mythe.
 
 
 
«Mais c'est sans doute la structure du mythe judéo-chrétien qui a rendu possible la science moderne. Car la science occidentale est fondée sur la doctrine monastique d'un univers ordonné, créé par un Dieu qui reste hors de la nature et la gouverne par des lois accessible à la raison humaine. C'est probablement une exigence de l'esprit humain d'avoir une représentation du monde qui soit unifiée et cohérente. Et il faut bien reconnaître qu'en matière d'unité et de cohérence, l'explication mythique l'emporte de loin sur la scientifique.
(...)
Dans leur effort pour remplir leur fonction et trouver un ordre dans le chaos du monde, mythes et théories scientifiques opèrent selon le même principe. Il s’agit toujours d’expliquer le monde visible par des forces invisibles, d’articuler ce qu’on observe sur ce qu’on imagine. On peut considérer la foudre comme l’expression de la colère de Zeus ou comme un phénomène électrostatique. On peut voir dans une maladie l’effet d’un mauvais sort ou d’une infection microbienne. Mais, de toute façon, expliquer un phénomène c’est le considérer comme l’effet visible d’une cause cachée, liée à l’ensemble des forces invisibles qui sont censées régir le monde.
Mythique ou scientifique, la représentation du monde que construit l’homme fait toujours une large part à son imagination. Car contrairement à ce qu’on croit souvent, la démarche scientifique ne consiste pas simplement à observer, à accumuler des données expérimentales pour en déduire une théorie. On peut parfaitement examiner un objet pendant des années sans jamais en tirer la moindre observation d’intérêt scientifique. Pour apporter une observation de quelque valeur, il faut déjà, au départ, avoir une certaine idée de ce qu’il y a à observer. Il faut déjà avoir décidé ce qui est possible. Si la science évolue, c’est souvent parce qu’un aspect encore inconnu des choses se dévoile soudain; pas toujours comme conséquence de l’apparition d’un appareillage nouveau, mais grâce à une manière nouvelle d’examiner les objets, de les considérer sous un angle neuf. Ce regard est nécessairement guidé par une certaine idée de ce que peut bien être la «réalité». Il implique toujours une certaine conception de l’inconnu, de cette zone située juste au-delà de ce que la logique et l’expérience autorisent à croire. Selon les termes de Peter Medawar, l’enquête scientifique commence toujours par l’invention d’un monde possible, ou d’un fragment de monde possible.
Ainsi commence aussi la pensée mythique. Mais cette dernière s’arrête là. Après avoir construit ce qu’elle considère non seulement comme le meilleur des mondes mais comme le seul possible, elle insère sans peine la réalité dans le cadre qu’elle a créé. Chaque fait, chaque événement est interprété comme un signe qui est émis par les forces régissant le monde et qui, par là même, prouve leur existence et leur importance. Pour la pensée scientifique, au contraire, l’imagination n’est qu’un élément du jeu . À chaque étape, il lui faut s’exposer à la critique et à l’expérience pour limiter la part du rêve dans l’image du monde qu’elle élabore. Pour la science, il y a beaucoup de mondes possibles, mais le seul intéressant est celui qui existe et qui, depuis longtemps déjà, a fait ses preuves. La démarche scientifique confronte sans relâche ce qui pourrait être et ce qui est. C’est le moyen de construire une représentation du monde toujours plus proche de ce que nous appelons «la réalité».
L’une des principales fonctions des mythes a toujours été d’aider les êtres humains à supporter l’angoisse et l’absurdité de leur condition. Ils tentent de donner un sens à la vision déconcertante que l’homme tire de l’expérience, de lui rendre confiance en la vie malgré les vicissitudes, la souffrance et la misère. C’est donc une vue du monde étroitement liée à la vie quotidienne et aux émotions humaines que proposent les mythes. En outre, dans une culture donnée, un mythe qui est répété sous la même forme, avec les mêmes mots, de génération en génération, n’est pas simplement une histoire dont on peut tirer des conclusions sur le monde. Un mythe a un contenu moral, il porte sa signification propre. Il sécrète ses valeurs. Dans un mythe, les êtres humains trouvent leur loi, au sens le plus élevé du mot, sans même avoir à l’y chercher. Même en l’y cherchant, ils ne peuvent trouver de loi ni dans la conservation de la masse et de l’énergie, ni dans la soupe primordiale de l’évolution. En fait, la démarche scientifique représente un effort pour libérer de toute émotion la recherche et la connaissance. Le scientifique tente de se soustraire lui-même du monde qu’il essaie de comprendre. Il cherche à se mettre en retrait, à se placer dans la position d’un spectateur qui ne ferait pas partie du monde à étudier. Par ce stratagème, le scientifique espère analyser ce qu’il considère être «le monde réel autour de lui». Ce prétendu «monde objectif» devient ainsi dépourvu d’esprit et d’âme, de joie et de tristesse, de désir et d’espoir. Bref, ce monde scientifique ou «objectif» devient complètement dissocié du monde familier de notre expérience quotidienne
 
 
François Jacob dans Le jeu des possibles
 

jeudi 7 mai 2015

Réalité, pensée, langage


«Les pensées les plus importantes et les plus significatives, les révélations, naissent toutes nues, sans nul vêtement verbal; et il est très difficile de trouver les mots qui leur conviennent. C'est tout un art. Au contraire les sottises, les platitudes naissent toutes habillées d'oripeaux voyant, bien que vieux, et l'on peut donc, sans nul travail préparatoire, les présenter aussitôt au public.»

Chestov dans Sur les confins de la vie

dimanche 3 mai 2015

Mark Twain



«Nous accordons à Dieu la possession de toutes les qualités de l'esprit, à l'exception de celle qui maintient toutes les autres en bonne santé, qui surveille leur dignité, aiguise leur vision : l'humour

«L'homme a été créé à la fin d'une semaine de travail, quand Dieu était fatigué

«Il est plus difficile d'écrire une maxime que de bien agir

«On tue facilement une vérité (...) Un mensonge plausible est immortel


Mark Twain dans Aphorismes

lundi 27 avril 2015

À l'école de l'aphorisme

Nous nous félicitons trop peu de tout ce que nous avons refusé et délaissé dans nos vies que nous arrivons à croire naïvement que la réussite est nécessairement un bien.




«Ce qui importe n'est pas ce que nous apportons, mais ce que nous mettons à mort

Karl Kraus dans Aphorismes : Dires et contre-dires

vendredi 24 avril 2015

Révéler les imbéciles par le silence



«Le philosophe Emerson, pour sa part, répondit à des contemporains goguenards qui l'interrogeaient sur ce que les livres de philosophie avaient bien pu lui enseigner : '' - Ils m'ont avant tout appris à me taire en présence de gens de votre sorte.''»

Denis Grozdanovitch dans L'art difficile de ne presque rien faire

mercredi 22 avril 2015

Pensées pour nous-même




«Songer en t'arrêtant à chacun des objets qui tombent sous tes sens, qu'il se dissout déjà, qu'il se transforme et qu'il est comme atteint par la putréfaction et par la dispersion; ou bien, envisager que tout est né pour mourir.»

Marc-Aurèle dans Pensées pour moi-même

dimanche 19 avril 2015

Le mammouth laineux



«L'homme est un singe hurleur pour l'homme. Il se jacasse tant d'amertume dans la jungle de nos insignifiances, et nous sommes si heureux de ce bruit.»

Serge Bouchard dans De nouveaux lieux communs

mardi 14 avril 2015

À coups de marteau




«C'est par pur préjugé moral que nous accordons plus de valeur à la vérité qu'à l'apparence; c'est même l'hypothèse la plus mal fondée qui soit. Reconnaissons-le : nulle vie ne peut subsister qu'à la faveur d'estimation et d'apparence inhérentes à sa perspective.; et si l'on voulait, avec un certain nombre de philosophes, à grand renfort d'exaltation vertueuse et de niaiserie, supprimer complètement le ''monde apparent'' , si vous étiez capable d'une telle opération, il ne resterait rien non plus de votre ''vérité''. Car enfin, qu'est-ce qui nous force à admettre qu'il existe une antinomie radicale entre le ''vrai'' et le ''faux''? Ne suffit-il pas de distinguer des degrés dans l'apparence, en quelque sorte des couleurs et des ''valeurs'' diverses, pour employer le langage des peintres? Pourquoi le monde qui nous concerne ne serait-il pas une fiction? Et si l'on objecte qu'à toute fiction il faut un auteur, ne doit-on pas carrément répondre : pourquoi? Cet ''il faut'' n'appartient-il pas lui aussi à la fiction, peut-être? Est-il donc interdit d'user de quelque ironie à l'égard du sujet, de l'attribut et de l'objet? Le philosophe n'aurait-il pas le droit de s'élever au-dessus de la foi qui régit la grammaire? Tous nos respects aux gouvernantes; mais ne serait-il pas temps pour la philosophie d'abjurer la foi des gouvernantes?»

Nietzsche dans Par-delà bien et mal

vendredi 10 avril 2015

Car nous sommes désormais dans la Culture-monde

 

«C'est ainsi que le monde de la culture-monde tend à devenir indéchiffrable, confus, chaotique : l'homme de la culture-monde n'a plus d'autorités supérieures, plus de lunettes, plus de boussole pour le guider. Jusqu'alors la culture était ce qui fournissait des cadres symboliques permanents à la vie des hommes, ce qui donnait sens à l'expérience du monde, de la vie et de la société. Il n'en va plus ainsi : à bien des égards, c'est l'inverse qui est à l'œuvre. La culture-monde apparaît comme ce qui dépossède les individus des clés d'intelligibilité de leur univers. Elle n'éclaire plus ce qui est et ce qui vient, elle ne fixe plus de cap : elle déstructure ce qui naguère encadrait la pensée de la vie. La culture construisait un monde familier et commun ; l'hyperculture nous le rend étranger à nous-même au moment où les distances se rapprochent, où l'information prolifère, où tout est à portée de clic. Plus l'individu est rendu responsable de lui-même, plus il est désorienté, privé des moyens permettant de vivre dans un monde compréhensible.»

Gilles Lipovetsky dans L'Occident mondialisé : Controverse sur la culture planétaire

mercredi 8 avril 2015


«La vulgarité, c'est ne connaître ni le doute ni la honte.»

Dominique Noguez dans Soudaine mélancolie

dimanche 5 avril 2015

Viser l'intemporel semble rendre sympathique


Marcel Conche semble être le philosophe parfait; parfait pouvant avoir comme synonyme ici d'être incomparablement intègre. Intègre avec lui-même, les autres, le monde, Dieu. Sourcils fronçant mais ayant la gueule d'un homme singulièrement sympathique, ce spécialiste de Pyrrhon, qui vient tout juste d'avoir 93 ans, ne demande à rien ni personne si ce n'est que de l'accepter comme philosophe sans système, qui cherche encore. Mais chercher quoi? Drôle de question... puisqu'il n'y a jamais rien eu à chercher, ce qui n'empêche pas l'entreprise et, au contraire, la justifie. Marcel Conche est un grec dans l'âme et vise l'intemporel, ce qui le sauve aussi de toutes les philosophies d'époques, ces pensées qui ne sont bonnes que pour une étroite tranche d'histoire et qu'on délaisse une fois consumés.

«Les philosophies qui se sont mises tellement à la merci du temps historique ne sont plus, au bout de quelques lustres, que des objets d'histoire. Sartre, Hegel, expressions et organes de leur époque, ont construit dans l'éphémère - cette époque elle-même. Le temps conteste toute chose. Tout perd de son importance. La réfutations même devient inutile

Marcel Conche dans Philosopher à l'infini 

mercredi 1 avril 2015

Al-Maari



Un poète syrien, aveugle, contemplant la vie plus que les yeux ne peuvent, a un jour devancé Shakespeare de quelques siècles :

«Engendrant et détruisant, le temps est un enfant
Qui joue et qui se divertit avec une motte de terre
»

Abul Ala al-Maari dans Chants de la nuit extrême

mardi 31 mars 2015

Otto Weininger en savait beaucoup, beaucoup trop...


 
 
«L'homme de génie est celui qui sait tout sans avoir rien appris.» 
 
Otto Weininger dans Sexe et Caractère
 


samedi 28 mars 2015

La femme est l'essence de l'homme

 

«Don Juan est néo-platonicien. Devant un visage de femme il entre en contemplation. Son amour, c'est l'éros platonicien. Ce qu'il aime, ce n'est pas telle femme particulière, mais une féminité archétype dont chaque femme porte un reflet toujours incomplet. Don Juan rechercher l'essence. Ce qu'il appelle aimer, c'est quitter chaque femme particulière pour partir en quête de cette beauté à laquelle il est fidèle.»

Claude Tresmontant dans Essai sur la pensée hébraïque


Claudia Cardinale, la plus complète des incomplétudes

 
 

mardi 24 mars 2015

L'intransigeance de Spengler



«L'homme créateur a outrepassé les bornes de la Nature et, avec chaque nouvelle création, il s'en écarte toujours de plus en plus, et devient de plus en plus son ennemi. C'est cela son ''histoire mondiale'', l'histoire d'un fossé fatidique se creusant toujours plus profondément entre le monde de l'homme et l'univers : histoire d'un rebelle qui a grandi jusqu'à lever la main sur sa mère. (...) Toutes les grandes cultures sont des défaites. Des races entières subsistent, intérieurement broyées et anéanties, tombées dans la déchéance spirituelle et la stérilité, tels des cadavres jonchant le champ de bataille. La lutte contre la Nature est sans espoir : et pourtant elle sera poursuivie jusqu'à la fin

Oswald Spengler dans L'homme et la technique

Joubert, en passant par là...

 
 
«Vivre sans ciel...»

«Et la plus terrible, la plus horrible des catastrophes imaginables, la conflagration de l'univers, que pourra-t-elle être autre chose que le pétillement, l'éclat et l'évaporation d'un grain de poudre à la chandelle?»

« Locke dit :
que 'les maximes n'éclairent pas'. - Non, mais elle guident, elles dirigent, elles sauvent aveuglément. C'est le fil dans le labyrinthe, la boussole dans la nuit.»

Joubert dans Maximes et autres pensées remarquables des moralistes français

samedi 21 mars 2015

Et l'âme?

«On ne ramènera jamais les manifestations de notre âme aux propriétés brutes des appareils nerveux pas plus qu'on ne comprendra de suaves mélodies par les seules propriétés du bois et des cordes du violon qui sont nécessaires pour les exprimer.»

Claude Bernard cité par Jean Bernard dans Et l'âme? demande Brigitte

mercredi 18 mars 2015

Le réel : pour quoi faire?

Homo-patho-spéculus en pleine crise délirante.





«En poursuivant l'éternité marchande , les modernes se jettent dans un monde de fantômes. L'irréalité s'impose et, un jour, c'est la vraie vie qui paraît inconcevable.»

François Bott dans Traité de la désillusion

 

mardi 17 mars 2015

Du renouvellement de la bêtise

Stefan Zweig se suicidant avec sa femme le 22 février 1942 au Brésil, jugeant que la farce avait assez duré.

 
Dans son remarquable livre autobiographique, Le monde d'hier, à la fois confessionnelle et strictement réaliste, Stefan Zweig nous peint une époque, la sienne, qu'il a observée, vécue, incisée. Celle qu'on oubliera bientôt car l'homme est toujours occupé à élaborer le désastre et surtout, ne gagne rien à se remémorer l'horreur. Dès lors, les frasques d'une civilisation proviendraient-elles de sa jeunesse? :
 
«C'est le propre de la jeunesse que de ne pas souhaiter recevoir des conseils de douceur, de scepticisme. Le doute lui devient obstacle, car elle a besoin de foi et d'idéaux pour donner libre cours à l'impétuosité qu'elle porte en elle. Et même la plus radicale, la plus absurde des illusions, pour peu qu'elle l'enflamme, aura à ses yeux plus d'importance que la plus sublime sagesse, qui affaiblit la force de sa volonté.»
 
 

dimanche 15 mars 2015

La chine à la rescousse de mon cafard

 

Après une soirée ennuyante, rétamé par le cafard, en mauvaise compagnie, avec des gens mauvais d'esprit, il arrive qu'on puisse être réchappé momentanément par les hommes du IXe siècle :

«Adeptes, voulez-vous voir les choses conformément à la Loi? Gardez-vous seulement de vous laisser égarer par les gens. Tout ce que vous rencontrez, au dehors et même au dedans de vous-même, tuez-le. Si vous rencontrez  un Buddha, tuez le Buddha! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche! Si vous rencontrez un Arhat, tuez l'Arhat! Si vous rencontrez vos père et mère, tuez père et mère! Si vous rencontrez vos proches, tuez vos proches! C'est là le moyen de vous délivrer, et d'échapper à l'esclavage des choses; c'est là l'évasion, c'est là l'indépendance!»

Lin-Tsi dans Les entretiens de Lin-Tsi (Paul Démiéville)

vendredi 13 mars 2015

Simone Weil et l'âtman


«Comme les Hindous l'ont vu, la grande difficulté, pour chercher Dieu, c'est que nous le portons au centre de nous-mêmes. Comment aller vers moi? Chaque pas que je fais me mène hors de moi. C'est pourquoi on ne peut pas chercher Dieu.

Le seul procédé, c'est de sortir de soi et de se contempler du dehors. Alors, du dehors, on voit au centre de soi Dieu tel qu'il est.

Sortir de soi, c'est la renonciation totale à être quelqu'un, le consentement complet à être seulement quelque chose.»
 
Simone Weil dans La connaissance surnaturelle

mardi 10 mars 2015

Le logos humilié



«Nous n'avons rien contre la 'raison' - pourvu qu'on sache qu'elle est une connaissance de l'insoluble et une organisation de l'atroce.»

Mario Andrea Rigoni dans Variations sur l'impossible

dimanche 8 mars 2015



«(...) c'est chose bien uniforme que l'espèce humaine! La plupart des hommes perdent la plus grande partie de leur existence à travailler pour vivre et le peu de temps libre qui leur reste les angoisse au point qu'ils cherchent tous les moyens de s'en libérer : Ô destinée de l'homme!»

Goethe dans Les souffrances du jeune Werther

jeudi 5 mars 2015

La grâce d’avoir lu Pascal



«En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois, mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j'oublie à toute heure. Ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tiens qu'à connaître mon néant.»

Pascal dans Pensées

Silence encadré (2)



mercredi 4 mars 2015

Leopardi à l'école subitiste de Huineng



«Un homme à l'imagination vive et puissante, accoutumé à la pensée et à la réflexion, peut découvrir dans un moment extraordinaire et fugace de vigueur corporelle, d'enthousiasme, de désespoir, de très vives douleurs ou de quelques autres passions, ''en larmes'', dans un état, en somme, proche de l'ivresse, de la fureur, etc., des vérités que la raison pure , froide et géométrique ne découvrirait pas en plusieurs siècles.»

Leopardi cité par Mario Andrea Rigoni dans La pensée de Leopardi

mardi 3 mars 2015

Eli, Eli, lama sabachthani?


Dans son essai Quel dose de vérité les philosophes peuvent-ils supporter?, l'allemand Rüdiger Safranski nous livre ce qui a été jusqu'ici de plus juste au sujet de l'extraordinaire entreprise métaphysique de l'homme :

«L'ultime message de la métaphysique est toujours: pourquoi avez-vous peur, vous n'êtes pas seuls, vous êtes englobés de toutes parts par un grand ordre qui vous porte! La métaphysique est une protestation contre la monstrueuse indifférence des espaces vides et des tourbillons de la matière. Elle croit à la lisibilité du monde, à un texte déchiffrable.»


lundi 2 mars 2015

L'acte désintéressé

 


«Lorsque le champ de conscience se rétrécit jusqu'à la suppression du passé, de l'avenir, de tout ce qui n'est pas l'instant présent, instant réduit alors à une sorte de point, alors peut naître l'acte qui n'est plus relié à rien - et pas même à son auteur.»

«Les actes d'un homme peuvent être radicalement différents de ses pensées et de ses sentiments, ils peuvent même être en contradiction avec eux, sans que cet homme manque pour autant de sincérité.»